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Article du Samedi 9 juillet 2011
23h42 - Etape 61. Saint Pierre en Port – Saint Blimont (114 kms) Une longue étape avec encore de chouettes falaises en début de journée et une très jolie surprise en fin de soirée : un coucher de soleil pile dans un improbable bout de mer sous la campagne picarde. Le blus beau coucher de soleil que je n'ai jamais vu, il fallait être au bon endoit au bon moment, c'était sublime. Cette étape fut longue et difficile, 900m d'ascension dans les montagnes normandes, l'étape la plus dure depuis celle d'Andorre. Les montagnes ne sont pas hautes (100m à chaque fois) mais elles sont partout, on a pas fini d'en descendre une qu'il faut déjà en remonter une autre. J'ai changé de région en fin d'étape : je passe en Picardie. Je sens les premiers signes qui indiquent que je rentre chez moi : il y a ici des villages qui finissent par -court, comme Audincourt ou Hérimoncourt en Franche-Comté, et les numéros de téléphone commencent par 03. Je sens aussi que la pleine saison débute vraiment : une auberge de jeunesse puis un camping n'ont pu m'accueillir car complets.
Article du Vendredi 8 juillet 2011
22h09 - Etape 60. Honfleur – Saint Pierre en Port (96 kms) Une étape plutôt difficile, 750m d'ascension avec des passages à 15%, et je me suis pris de bonnes rabasses de pluie. Mais je suis malgré tout heureux d'avoir réalisé cette étape, et malgré la pluie qui tombe fort ce soir, je suis impatient de découvrir ce que me réserve l'étape de demain. Aujourd'hui j'ai commencé par 25 kilomètres en direction du marais Vernier, un espace naturel humide avec la plus grande tourbière de France, puis j'ai pris le pont de Tancarville pour traverser la Seine : un pont avec un impressionnant trafic de poids lourd, une centaine de poids lourd m'ont doublé sur les 2 kms de la traversée que j'ai fait à pied; ce fut suicidaire à vélo. Et comme à chaque fois qu'il y avait un poids lourd je m'arrêtais pour me plaquer avec mon vélo contre la barrière, la traversée fut interminable. J'en suis sorti vivant et sur l'autre rive j'ai pris la direction d'Etretat où j'ai vu de magnifiques falaises. J'ai été surpris par une vague plus grosse que les autres, il me faudra plusieurs jours pour sécher mes chaussures. Puis j'ai continué mon tour sur des routes vallonnées jusqu'au camping de Saint-Pierre-en-Port où j'ai planté ma tente sous une forte pluie à une vitesse record.
Vivement l'étape de demain, la pluie ne me dérange pas, la Normandie sous la pluie, c'est authentique, c'est vrai, et j'espère qu'il pleuvra encore quand j'arriverai dans le Nord.
Article du Jeudi 7 juillet 2011
21h02 - Etape 59. Bayeux – Honfleur (85 kms) La journée de repos d'hier m'a fait beaucoup de bien; et je vais désormais m'efforcer jusqu'à la fin de faire un jour de pause chaque semaine. J'ai suivi une route parallèle à celle du tour professionnel, à 20 kms plus au nord, et je suis arrivé à 16h30, 30 minutes avant eux. Je suis passé par des petites stations balnéaires avec de riches résidences secondaires au bord de la mer. Ici on est tout près de Paris et cette partie du littoral est très fréquentée par les gens de la capitale.
Article du Mardi 5 juillet 2011
22h47 - Etape 58. Sainte Honorine des Pertes – Bayeux (16 kms) Fatigue. C'est le mot du jour. Après 13 étapes sans interruption depuis Quimper, l'étape d'hier (110 kms) était de trop. 110 kms avec le chargement cela équivaut à 150 sans les bagages ou à 200 sans bagages en partant reposé physiquement, ou encore à 300 avec une transfusion sanguine le matin et un massage le soir, vous comprendrez de qui je parle mais eux n'en font pas autant et leur "tour" ne fait que 3600. Je me suis donc trainaillé ce matin le long du littoral avant de faire un léger crochet dans les terres pour aller voir la tapisserie de Bayeux, une impressionnante broderie du XIème siècle, de 50 centimètres de haut et 70 mètres de long retraçant l'évolution de la situation politiques en Angleterre, les guerres entre Normands et Anglais en 1060 et la victoire finale de celui qui est alors devenu Guillaume Le Conquérant, roi d'Angleterre. Une longue fresque finement brodée et très bien conservée qui nous plonge mille ans en arrière. Décidément dans ce tour de France, je change d'époque tous les jours. Je me suis arrêté à Bayeux et j'ai beaucoup réfléchi à la suite de mon périple, mon festival de rock en Lorraine me perturbe depuis deux jours, je me suis rendu à la gare pour prendre un train pour Reims où je pensais arriver ce soir, mais à la gare j'ai rallumé l'ordi pour voir la carte de France et j'ai constaté que j'allais louper vraiment trop de choses. Et comme je n'ai aucune possibilité d'hébergement au festival (50 000 personnes sont attendues, les hôtels du coin sont complets, le camping supplémentaire du festival de 10 000 places n'est accessible qu'à ceux qui ont un pass deux jours, et je n'ai pas de réponse au mail envoyé à l'organisation), après avoir cherché 36 solutions d'itinéraire et d'hébergement j'ai finalement retenu la solution la plus simple : ne pas me rendre à ce festival, des concerts il y en aura d'autres et mon tour de France est unique. Je vais quand même passer une drôle de soirée samedi aux heures où joueront Megadeth et Metallica car j'avais mon billet. Demain journée de repos avant de continuer à mon rythme en direction du Havre.
Article du Mardi 5 juillet 2011
00h40 - Etape 57. Cherbourg – Sainte Honorine des Pertes (110 kms) J'ai quitté Cherbourg par une belle piste cyclable urbaine puis mon chemin devait me diriger à l'est du Contentin mais je suis tombé sur une route interdite aux véloq et je n'ai eu d'autre choix que de prendre la route nationale 13 en direction du sud est. C'est une deux fois deux voies limitée à 90, étroite avec une très forte circulation et de nombreux poids lourds. L'enfer. J'ai parfois été klaxonné par des @@@nards dans leurs tas de tôles ambulants qui font du bruit, qui puent et qui croient que la route leur appartient. J'ai fait 15 kms sans pouvoir sortir de cette situation (pas d'autre route, ici c'est désertique) puis la deux fois deux voies est passé à 110 de limitation de vitesse, sans devenir plus large pour autant. Je me suis alors arrêté et j'ai allumé l'ordi pour voir le plan détaillé des environs, j'ai pu trouver une alternative jusqu'à la ville suivante à 5kms au prix d'importants zigzags, détours, et d'un passage de 800 mètres de long sur un sentier forestier. Ce fut très difficile dans la forêt, le chemin a longé une rivière sur 100mètres et le sentier s'est alors rétréci pour surplomber la rivière, il est devenu trop étroit pour moi et mon vélo et j'ai du en fonction des endroits porter mon vélo au dessus de la rivière ou le faire rouler dedans. Ensuite j'ai pu sans trop me mouiller traverser un autre ruisseau. Tout cela n'est pas pire à vivre que la forêt finlandaise sous la pluie avec un porte bagage cassé. Le fait d'avoir vécu des situations difficiles l'an passé m'aide aujourd'hui à vivre sereinement des situations moins difficiles. Sur la route suivante à la sortie de la forêt j'ai vu un panneau du conseil général qui se fout vraiment de ma gue@@@@. Désolé d'être un peu vulgaire aujourd'hui mais à midi j'étais vraiment en colère contre les élus automobilistes de ce département. Dans l'après midi j'ai vu de nombreux témoignages du lourd passé de cette région et me suis arrêté à plusieurs endroits notamment au plus significatif d'entre eux, la pointe du Hoc ou débarquèrent les premiers soldats américains. C'était un endroit stratégique car il y avait la vue sur les principales plages du débarquement. Avant le débarquement l'endroit a été piloné de bombes par les alliés et le terrain garde les traces de ce bombardement, il y a des dizaines de cratères d'une dizaine de mètres de diamètre et de plusieurs mètres de profondeur. Le terrain est un immense gruyère. En déterrant un morceau de cailloux devant moi qui était plus blanc que les autres et en l'examinant j'ai compris que j'avais dans les mains un fragment de squelette humain. Plus loin à Omaha beach j'ai vu des chars et autres objets de guerre. Cette partie de la France est apeurante, l'histoire est lourde et tragique, et ce n'est pas de l'histoire ancienne, je ne parle plus de l'homme de Tautavel ou des gaulois, ma grand mère avait 20 ans quand c'est arrivé, j'espère maintenant voir d'autres choses en France pour oublier tout ça.